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Université de La Réunion

Le commerce entre l’Égypte romaine et l’Inde dans l’Antiquité tardive : le témoignage de Cosmas Indicopleustès

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Résumés

Patrick Counillon, Université Bordeaux-Montaigne

Le commerce entre l’Égypte romaine et l’Inde dans l’Antiquité tardive : le témoignage de Cosmas Indicopleustès.

L’Antiquité tardive est souvent considérée comme une période de décadence des échanges entre l’Orient et l’Occident après l’acmé du règne des Antonins : les troubles politiques et militaires qui minent l’Empire Romain, les bouleversements entraînés par le passage au christianisme, et, à l’est, la montée en puissance des Parthes puis des Sassanides, qui viennent s’interposer entre Rome et l’Inde, changent la nature des échanges entre l’Inde et l’Égypte romaine. Si les changements sont indubitables, les recherches archéologiques de cette dernière décennie montrent que les communications ne se sont pas interrompues pour autant, et, par exemple, que le port de Béréniké sur la mer Rouge a continué à être utilisé et prospère sans solution de continuité jusqu’à l’époque médiévale. Les témoignages que nous ont laissés les écrivains de l’Antiquité tardive méritent donc d’être réévalués, et il me paraît intéressant de relire le texte de Cosmas Indicopleustès : sa Topographie chrétienne est, il est vrai, écrite en réaction contre certains penseurs chrétiens trop enclins à accepter la science païenne, en particulier aristotélicienne. Mais comme il l’écrit lui-même (Topographie chrétienne, 2.29) il a navigué dans sa jeunesse, tant en Méditerranée, qu’en mer Rouge et dans le golfe Persique , et les quelques souvenirs de marin dont il parsème son texte font un contraste plaisant avec la lourdeur de ses démonstrations religieuses : son témoignage sur le royaume d’Aksoum, et ses navigations au-delà du cap Gardafui, sa description de Ceylan et du commerce de la soie avec la Tzinista méritent d’être réévalués, pour s’interroger sur l’image qu’il nous donne des rapports entre l’Égypte, l’Afrique et l’Inde en ce début du VIe siècle.

Mohamed Ouerfelli, Université d’Aix-Marseille,

Le commerce des épices à travers les archives de Datini (1380-1410)

À en juger par les nombreuses recherches publiées depuis le XIXe siècle sur l’histoire du commerce méditerranéen, en particulier celui des épices, dont le rôle a été quelque peu exagéré, il n’apparaît pas évident de pouvoir apporter une réflexion tout à fait neuve sur cette question. Pourtant, des zones d’ombre demeurent sur le trafic de ces produits de luxe, qui viennent de l’Océan indien et passent en grande partie par le monde musulman, leur conditionnement et leur transport entre les deux extrémités de la Méditerranée. Les archives de la compagnie de Francesco di Marco Datini constituent une source de premier plan dans les recherches sur l’histoire économique et sociale de la Méditerranée à la fin du Moyen Âge. C’est d’autant plus vrai lorsqu’on aborde la question des épices. Ces archives offrent une matière remarquable et des données chiffrées sur les cargaisons d’épices, leurs prix sur les grandes places marchandes, les volumes échangés et les acteurs qui interviennent dans ce commerce très lucratif. Les fluctuations des prix observées à la fin du XIVe siècle reflètent à la fois une conjoncture tendue et des tendances de consommation, qui évoluent rapidement par l’effet de la mode et la diffusion de l’usage de ces produits en particulier dans les cours aristocratiques. Le vocabulaire employé dans la documentation commerciale pour désigner ces épices participe de la conception que l’on se fait d’un Orient riche et fertile.

Vincent Capdepuy, Docteur en géographie

Entre mer Méditerranée et océan Indien, l’isthme eufrasien : quelle place dans les relations pré-globales ?

À l’échelle de l’Eufrasie, deux espaces maritimes semblent avoir joué un rôle majeur dans la structuration des relations et des échanges : la mer Méditerranée et le Nord de l’océan Indien. Leur disposition géographique appelle le comparatisme – au détriment peut-être d’autres espaces maritimes, comme la mer de Chine méridionale. La clef de cet hypothétique parallélisme tient bien à l’isthme qui les sépare et tout à la fois les rapproche. Par « isthme eufrasien », on n’entendra pas seulement la bande de terre désertique qui sépare le rivage méditerranéen du fond de la mer Rouge mais tout l’espace qui s’étend de l’Égypte à l’Irak actuels, vaste région marquée par l’aridité, découpée par la mer Rouge et le golfe Persique, et parcourue par trois grandes fleuves, le Nil, l’Euphrate et le Tigre. Or cette région a été structurée depuis plusieurs millénaires par des réseaux urbains qui permettent de s’interroger sur la place d’un système à l’entre-deux de la mer Méditerranée et de l’océan Indien, et au-delà de mettre en question la possibilité d’autonomiser des systèmes de part et d’autre de cet isthme eufrasien : quels sont les éléments qui indiquent le franchissement d’un seuil ? qui délimitent le système ?

Pr. K.M.P. Kulasekera, University of Kelaniya, Sri Lanka

Economic Developments in Late Mediaeval Sri Lanka : A Transition in Economy ?

The period from the beginning of the Damabadeniya Kingdom to the end of the Kotte Kingdom, i.e. the period roughly between 13th and 15th centuries is generally considered as the mediaeval period of Sri Lankan history, although there is no agreement among historians about this periodization. During this period, the collapse of the ancient Sinhalese kingdom of the dry zone and the shift of the capital to the south-west brought about a considerable change in the economy of Sri Lanka. Irrigation-fed agriculture was replaced with rain-fed agriculture resulting in a decline in the agricultural production and the agricultural surplus available to the state. However, economic activities developed on new lines, most important of which was external and internal trade. In this paper, the factors and conditions which led to this development would be examined.

Nancy Balard, Université Paul-Valéry Montpellier 3

La route de la porcelaine : échanges entre la Chine et l’Ouest avant le XVIe siècle

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Celadon, XIIIe siècle, Cliché N. Balard

Ce que l’on appelle la route de la soie, symbole de l’ancienneté des relations entre la Chine et l’Occident, fait référence non seulement à une voie terrestre traversant le continent eurasien, mais également à une voie maritime empruntant l’Océan indien. Certains chercheurs comme Zhou Shirong et Wei Zhige ont rebaptisé cette route maritime de la soie la route de la porcelaine, car la céramique était en effet au cœur des échanges effectués le long de cette voie. La première partie de cette intervention sera consacrée à l’étude de ce vaste réseau commercial qui prenait sa source en Chine. Le point de départ était les lieux de production, les fours, qui étaient jusqu’aux Xe-XIe siècles diversifiés et dispersés dans toute la Chine : la céramique exportée provenait alors des fours de Ding, de Yaozhou, de Changsha, de Dehua. Puis, les fours de Jingdezhen ont peu à peu occupé une place de plus en plus importante dans les exportations de céramiques chinoises pour finalement devenir le plus grand fournisseur mondial de porcelaines. Ces céramiques étaient embarquées dans les grands ports de Chine méridionale, Canton, Yangzhou et Quanzhou, d’où elles étaient envoyées vers l’Asie du Sud (la Malaisie, l’Indonésie, l’Inde et le Sri Lanka), les îles de l’Océan indien, les pays du Proche et Moyen-Orient par le détroit d’Ormuz et les côtes orientales de l’Afrique jusqu’à Madagascar. Après avoir présenté le réseau constituant la route de la porcelaine, nous nous attacherons dans un deuxième temps à exposer l’ancienneté des relations Chine-Occident (par Occident nous adoptons le point de vue chinois : il ne s’agit pas de l’Europe, mais des contrées situées loin à l’Ouest, c’est-à-dire les régions bordées par l’Océan indien jusqu’à la Méditerranée), à comprendre la nature de ces échanges ainsi qu’à en mettre en évidence les acteurs. Pour cela nous remonterons aux premiers siècles de notre ère jusqu’à la dynastie Tang (Xe siècle), qui marque réellement les débuts de la route de la porcelaine, puis nous aborderons la période qui s’étend du Xe au XVe siècle (dynastie Song, Yuan et Ming), qui représente un premier âge d’or des échanges céramiques entre la Chine et l’Occident avant l’arrivée des navigateurs portugais. Nous verrons que les céramiques chinoises exportées avant et après le Xe siècle n’étaient pas identiques, que les régions concernées n’étaient pas les mêmes non plus. Nous évoquerons également les témoignages d’auteurs et voyageurs d’origines différentes : le Vénitien Marco Polo, les Chinois Zhao Rukuo, Wang Dayuan ou Ma Huan, l’interprète du grand Amiral Zheng He lors de plusieurs de ses expéditions maritimes, le Perse al-Biruni ainsi que le Maghrébin Ibn Battuta.

Ana Cristina Roque, Université de Lisbonne, Portugal

La côte de Sofala (Mozambique) : les chefferies littorales interfaces entre l’océan Indien et l’intérieur de l’Afrique (XVe-XVIe siècles)

Au sein de l’Histoire de l’Expansion portugaise, Sofala, dans la côte du Mozambique, a toujours été considérée comme le premier pas dans la conquête de l’océan Indien. Cela veut dire aussi que, au cours de siècles, l’information sur Sofala a été utilisée essentiellement pour souligner son importance pour l’Histoire du Portugal, notamment l’Histoire de l’Empire portugais d’outre-mer. Même les documents qui donnaient des informations sur la région, et pouvaient donc servir à la compréhension de l´histoire locale ou régionale, ont été rarement utilisés dans ce sens. Cependant, cette documentation est particulièrement riche en ce qui concerne la caractérisation des sociétés africaines et de son environnement à la fois dans l’espace de l’océan Indien et dans le monde Africain. Le but de cette présentation est d’attirer l’attention sur cette documentation et de montrer son importance pour la compréhension de l’histoire de la région de Sofala et de son rôle dans le complexe historique et géographique de l’Océan l’Indien avant et après l’arrivée des Portugais. Dans ce contexte, nous allons utiliser l’exemple de la documentation sur le littoral de la zone sublittorale comprise entre l’embouchure de la rivière Pungué et de la rivière Save, et plus particulièrement celle qui informe sur les anciennes chefferies de la région et son rôle dans l’articulation des échanges entre l’océan Indien et l’intérieur de l’Afrique. Nous croyons que la possibilité de présenter et discuter cette documentation avec les experts de l’Histoire de l’océan Indien peut contribuer à une meilleure compréhension soit de l´histoire de cette région, avant et après l’arrivée des Portugais, soit des relations historiques du Mozambique avec le monde de l’océan Indien.

Jean-Pierre Domenichini, Université d’Antananarivo, Madagascar

Influence arabe et dynamique indigène en Ankova à l’époque dite vazimba (XIIIe-XVe siècle)

Le thème arabe, utilisé dans l’histoire de Madagascar selon le discours colonial, posait que quelques hommes venant d’Arabie auraient pu apporter à des primitifs malgaches les éléments notamment politiques d’une civilisation supérieure. C’était, dans l’esprit social-darwiniste de l’époque, donner à la colonisation et aux missions de l’époque contemporaine l’espoir d’une profonde et parfaite réussite dans leurs entreprises civilisatrices. Pour l’Imerina actuelle qui suivit l’Ankova, archéologie et ethnoarchéologie montrent que les contacts avec la culture arabe datent d’un moment de l’époque dite vazimba (XIIIe- XVe siècle), et que s’ils concernèrent les gens du pouvoir, ils n’apportèrent pas les idées qui auraient conduit à la formation de royaumes et de structures politiques complexes. Documentées par la tradition orale et la culture, les données archéologiques permettent de voir les limites de l’influence arabe, qui s’y manifesta par l’établissement de commerçants arabes, par des emprunts culturels (compte du temps, rejet du porc et du chien, polygamie), par des emprunts de vocabulaire et par des conflits consécutifs à ces contacts.

Ducène Jean-Charles, Directeur d’études, Ecole Pratique des Hautes Etudes, Paris

L’océan Indien vu par les géographes arabes de Méditerranée : un espace qui se complexifie de 1150 à 1350.

La géographie arabe médiévale nous a laissé plusieurs représentations de l’océan Indien et, d’une manière simple, on peut dire que l’image mise en place au IXe siècle se complexifie au XIIe siècle avec al-Idrîsî. Dans un schéma qui remontait à Ptolémée, le géographe de Sicile localise de nouvelles réalités dont il a eu vent par des informateurs qui, pour certains d’entre eux, y ont voyagé. Ces informations nouvelles concernent tant l’Afrique de l’Est qui acquièrent un continuum géographique de la Somalie actuelle jusqu’au nord environ du canal du Mozambique que les îles de l’archipel indonésien. Celles-ci trouvent une individualité, certes encore floue. Cependant, il est récemment apparu que cette nouvelle image n’est pas restée statique, mais qu’elle trouve une actualisation dans la première moitié du XIVe siècle au travers d’un ouvrage maintenant perdu, mais qui a été abondamment cité par deux auteurs, à savoir Ibn Sa‘îd al-Maghribî (m. 1286) et Ibn Fadl Allâh al-‘Umarî. (m. 1348). Si ces deux auteurs apportent individuellement des connaissances très à jour sur les réalités humaines et commerciales des rives africaines et indiennes de l’océan Indien, il est incontestable qu’ils utilisent aussi une source commune qui devait être une carte de type mappemonde comportant des coordonnées géographiques, une représentation des principaux accidents géographiques (îles, rivières, montagnes) ainsi qu’une toponymie en partie originale. Cette originalité est bien ici paradoxalement une difficulté, car tant pour l’Afrique de l’Est que pour les îles que cette carte situe dans l’océan Indien, les éléments de comparaison semblent très rares. Il apparaît par d’autres éléments que cette carte devait être aussi à jour par rapport au territoire mongol d’Asie centrale. Notre communication vise, d’une part, à identifier les différentes “strates” qui se sont mises en place durant la période concernée pour former l’image de l’océan Indien et, d’autre part, d’affiner l’image que donnait cet ouvrage énigmatique aujourd’hui perdu, mais témoignant d’une connaissance également actualisée.

Christine Gadrat-Ouerfelli, Ingénieur de recherche CNRS, Université d’Aix-Marseille

La représentation de l’océan Indien chez les voyageurs occidentaux, XIIIe-XVe siècle.

À partir du milieu du XIIIe siècle, plusieurs voyageurs occidentaux parcourent l’océan Indien pour se rendre en Chine ou pour en revenir. Plusieurs d’entre eux sont des missionnaires, envoyés par la papauté pour évangéliser les populations orientales, tels que Jean de Montecorvino, Jordan Catala, Odoric de Pordenone ou encore Jean de Marignolli. D’autres sont des laïcs, comme Marco Polo ou Niccolò de’Conti. Leur témoignage, fondé autant sur ce qu’ils ont pu observer de leurs propres yeux que sur les renseignements qu’ils ont recueillis lors de leurs voyages, en particulier auprès des marins, vient actualiser une représentation de l’océan Indien encore largement dépendante des conceptions antiques. Si les voyageurs ont souvent une approche partielle de cet espace, liée à leur itinéraire, ils savent aussi en donner une image plus globale et certains tentent d’en définir les contours. Leur apport est repris par la cartographie, en particulier celle de l’école catalane, dès le XIVe siècle, et l’on voit de nombreuses légendes provenant des récits de voyage remplir l’espace de l’océan Indien. Mais au XVe siècle, la redécouverte de la géographie de Ptolémée semble apporter une image de cet océan qui entre en contradiction avec la représentation formée par les voyageurs.

Serge Bouchet, Université de La Réunion,

La construction de l’espace océan Indien : analyse comparée des représentations arabes, européennes et chinoises avant le XVIe siècle.

À travers l’analyse de représentations du monde (mappemondes) et de descriptions faites par des auteurs arabes, européens et chinois, il s’agira de déterminer quelle image de l’océan Indien se dégage. L’angle comparatif vise à faire ressortir les influences et les différences. L’idée de départ, qu’il s’agit de vérifier, est celle d’une meilleure connaissance de l’océan Indien par ceux qui en sont le plus proches, les géographes arabes. Après avoir présenté les sources utilisées et la difficulté à constituer un corpus fiable, la communication s’attache à déterminer les évolutions dans les représentations entre le Xe et le XVe siècle. Elle vise à faire ressortir les temporalités différentes de l’Orient et de l’Occident et à proposer des hypothèses explicatives.

Anna Caiozzo, Université Paris Diderot

Monstres et merveilles des deux mers dans les miniatures de l’Orient médiéval

La cosmographie orientale, celle de Gharnātī ou de Tūsī Salmānī au XIIe siècle, de Qazwīnī au XIIIe siècle permet de dresser un inventaire des lieux de l’imaginaire, mais aussi des êtres qui les peuplaient tout comme la littérature de voyage ou les épopées médiévales (Shāh nāmeh ou Livre des rois de Perse, Iskandar nāmeh, Roman d’Alexandre, etc.). Certaines des œuvres relatives à ces corpus sont illustrées et fixent dans les imaginaires collectifs, bourgeois ou aristocratiques, des visions tantôt furtives tantôt explicites de ces mondes étranges, marins, insulaires, mais aussi aux confins des terres connues. Quoiqu’éloignée, la mer Méditerranée et l’océan Indien présentent des similitudes : ils sont peuplés de créatures marines étranges, les femmes y sont troublantes, les îles inquiétantes et un personnage semble les hanter, Dhū’l Qarnayn, Alexandre le Grand ! En effet, on observe à la fois des thèmes communs, mais aussi des migrations de symboles ou de mythes entre ces deux mondes, mythes qu’il n’est pas toujours aisé d’identifier. Néanmoins, des différences apparaissent, des spécificités locales, dans la faune, dans les peuples monstrueux, mais aussi dans les merveilles monumentales. Au-delà de ces curiosités, les deux mers, par des détroits, communiquent avec l’Océan environnant qui, dans les deux cas, s’ouvre sur des lieux et des êtres appartenant à un autre espace-temps.

Vilasnee Tampoe Hautin, Université de La Réunion

D’Asokamala (1947) à Abha (2003) : mythes, légendes et chroniques du Sri Lanka antique et médiéval comme sources du cinéma cinghalais.

Dans une île comme le Sri Lanka, où les appartenances ethniques, religieuses et linguistiques ont déterminé le cours de son histoire, le cinéma a également joué son rôle. Le fonctionnement de la société sri lankaise a surtout été sous influence par rapport à l’idée d’appartenir à « une race », dont les origines résident dans l’histoire précoloniale et coloniale. Si la culture est un phénomène hybride et résulte d’un processus d’emprunts, de legs et de fusions, au Sri Lanka, on préfère penser le contraire, entretenant une vision binaire et homogène de celle-ci. Or, nous pouvons nous demander quel est le processus historique qui amène un peuple à se rallier autour d’un groupe ethnique ou d’une « race », terminologie usitée dans le discours cinghalais. Nous nous pencherons sur la manière dont les mythes, légendes et faits historiques, relatés dans les épopées bouddhistes, le Mahavamsa (Grandes Chroniques) et le Culavamsa (Petites Chroniques) (5e- 6e siècles), ont imprégné le discours idéologique cinghalo-bouddhiste sur le plan politique, mais aussi culturel, notamment dans le domaine du cinéma. Débattre des fondements du cinéma cinghalais implique que l’on rappelle un certain nombre de théories qui jalonnent le discours nationaliste cinghalais. Nous nous interrogerons sur la manière dont les récits de l’antiquité sri lankaise se trouvent aujourd’hui déclinés sous diverses formes, dans les domaines politiques, sociaux, économiques et culturels. Le malaise ethnique au Sri Lanka contemporain, s’explique-t-il par le legs des chroniques bouddhistes qui ont fait des Tamouls, des Arabes et des autres groupes non bouddhistes des envahisseurs et des mécréants ? Le maintien depuis la nuit des temps de ces événements relatés dans les chroniques, embellis dans la littérature cinghalaise, véhiculés dans la conscience populaire, a sans doute grandement contribué à souder cette communauté, mais également à l’éloigner des autres. À travers les récits des affrontements entre les dynasties, les chroniques ont développé et creusé une dichotomie entre l’impérialisme dravidien indien et le nationalisme cinghalais insulaire, trouvant leur écho dans le domaine du cinéma. Il est significatif également que le cinéma cinghalais ait été inauguré par la mise en image de certains chapitres de l’histoire médiévale de Ceylan. L’exemple de la vigueur inlassable des mythes et faits historiques étant le deuxième film parlant, Asokamala (1947) qui porte à l’écran l’histoire d’amour entre le fils du roi Dutugemunu pour une fille intouchable d’origine tamoule. Les théories, nées au cours de l’ère précoloniale, travaillées par les nationalistes cinghalais durant le XIXe et XXe siècles, formeront les bases des agitations pour la promotion à l’écran du peuple cinghalais. Elles constituent aujourd’hui des sources d’inspiration pour le cinéma cinghalais du nouveau millénaire, prenant la forme de productions à grande envergure, à gros budget. De nombreuses fresques cinématographiques cinghalaises ont été réalisées entre 2000 et 2014, tournées dans le style des péplums en Europe.

Ont été également présentés :

Les travaux de Dominique Lombard (Edith Wong Hee Kham, Docteure en Histoire, Université de La Réunion, Denys Lombard. Rêver l’Asie, comprendre le monde), de Paul Ottino (Jean-Pierre Domenichini, L’apport ambigu de Paul Ottino à la connaissance de Madagascar), Auguste Toussaint (Yvan Combeau, Université de La Réunion, Auguste Toussaint, un historien de l’océan Indien). Le mythe de la Lémurie a été présenté par Carpanin Marimoutou, Université de La Réunion et les prolongements artistiques du mythe dans l’art contemporain réunionnais par Laurent Segelstein.



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