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Appel à communications

Colloque "De la parole du prédicateur au discours politique : jalons pour une histoire de la critique religieuse du politique (Moyen Âge - Époque contemporaine)"

Centre d’Histoire "Espaces et Cultures" (EA 1001) - Université Clermont-Auvergne Clermont-Ferrand, 6-7 juin 2019

Comité d’organisation :
- Vincent FLAURAUD, Maître de Conférences en Histoire contemporaine, UCA
- Stéphane GOMIS, Professeur d’Histoire moderne, UCA
- Louis HINCKER, Professeur d’Histoire contemporaine, UCA
- Nathalie PONSARD, Maître de Conférences en Histoire contemporaine, UCA
- Ludovic VIALLET, Professeur d’Histoire médiévale, UCA

Mission traditionnelle des clercs, la prédication légitime leur prise de parole en public, ce qui, longtemps, les a singularisés dans l’espace social. Sa mise en œuvre a déjà suscité bien des travaux, centrés sur l’histoire littéraire de l’éloquence, l’étude thématique des contenus théologiques et spirituels, ou sur l’histoire socio-culturelle de l’action oratoire (Bériou 1998 et 2018, Boutry 2004). C’est cette dernière approche que ce colloque entendrait approfondir, en explorant la contribution des prédicateurs à la critique politique. La prédication est porteuse, en effet, d’une puissance critique à l’égard des pouvoirs. Le simple fait que le clerc (et l’institution dont il relève) pose son intervention publique comme mission divine ouvre un espace à la contestation, à la subversion, vis-à-vis des pouvoirs temporels (entre autres multiples exemples : Jean Hus à la fin du Moyen Âge, les prêtres réfractaires pendant la périod ! e révolutionnaire, les prêtres confrontés au combisme dans la France du début du XXe siècle, les aumôniers d’action catholique ou prêtres ouvriers dans les années 1960-70, le clergé latino-américain porteur de la théologie de la libération…). Explorer cet usage critique de la parole religieuse doit conduire à se pencher sur les modalités de mobilisation d’une pratique oratoire dans cette finalité. Celle des prédicateurs a pu être décrite comme une « performance » (Pellegrini 2014), combinant les savoir-faire dans le choix et l’usage des mots ou la variation des registres, selon une perspective démonstrative ou délibérative mais aussi la mobilisation des gestes, voire le recours à des objets (miraculeux ou non) ou à divers artifices matériels. La valorisation d’un savoir-faire rhétorique ne doit cependant pas conduire à sous-estimer la place de la prédication ordinaire, ou celle, aussi, de la capacité à gérer des silences signifiants ! (vis-à-vis d’un pouvoir qui réclame l’allégeance des p ! rédicat eurs, comme dans l’islam abbasside : Farag 1990). Compte-tenu de l’importance des « modèles » mis en circulation et dont l’usage n’est pas limité aux phases d’apprentissage des orateurs (pensons à l’abondante production de traités de prédication à l’époque moderne, aujourd’hui au rôle d’internet), se pose aussi la question de l’hybridation qui conduit à produire un discours critique sur les pouvoirs : entre transgression, imitations, glissements et détournements. Comment la critique s’articule-t-elle avec les thématiques attendues et habituelles, paraissant « légitimes » dans un sermon ? La prédication s’inscrit aussi, au moins initialement, dans une « culture de la voix » (Paul Zumthor), supposant la simultanéité de la communication et de la réception du message : ces conditions, culturelles mais aussi matérielles, de réception, de restitution, de (re)transmission du discours, participent à leur tour de l’efficience sociale ! de ce dernier, quand il est critique. Ce sont également les configurations dans lesquelles prend place la prédication critique qui doivent être interrogées : les rapports des prédicateurs avec les pouvoirs, leurs hommes, et les orateurs non clercs quels qu’ils soient. La limitation, la contestation ou l’encadrement de la prédication ne sont pas seulement à repérer pour établir la variabilité de la capacité à engager une critique ; leurs modalités, le degré de tolérance, voire de connivence (en un véritable « partage des tâches » mettant le discours critique au service d’un système de domination) éclairent sur les représentations de ce « pouvoir de la critique » porté aussi par des religieux, et sur les jeux éventuels de dilution de celui-ci dans la coexistence avec d’autres médiateurs ou initiateurs de contestation. De ce fait, les conditions de réactivation de la critique peuvent être tout autant significatives. Si l’étude de figures ! et de parcours de prédicateurs critiques peut apparaître éc ! lairante , a fortiori dans un jeu comparatiste, elle ne doit pas faire l’économie de l’identification des réseaux dans lesquels ils s’insèrent, réseaux qui peuvent éventuellement permettre des changements de statut (du religieux au politique ou au syndical, sous la Révolution ou dans les années 1950-60, par exemple). La labilité des notions de « prédication » ou de « sermon », ouvrant leur usage, de facto, à des acteurs laïques, voire au mode parodique, invite d’autre part à être attentif aux transferts d’instruments oratoires entre groupes de professionnels de la parole, en identifiant la place particulière qu’y occupe le référent du discours religieux.

Les propositions de contributions sont à envoyer avant le 15 novembre 2018 à Vincent Flauraud (vincent.flauraud@uca.fr) et Ludovic Viallet (ludovic.viallet@uca.fr) avec un titre provisoire, une présentation d’une page et quelques éléments biographiques sur le contributeur. Elles seront organisées en particulier autour des thèmes suivants, qui ne seront aucunement exclusifs les uns des autres :

1) La prise de parole critique : conditions et moments - la critique dans la prédication régulière, « routinière » - le temps de crise ; prédication et « drame social » (V. Turner) - la critique en trompe l’œil, ou de connivence, au service de l’ordre 2) Les lieux de la prise de parole : la place ; le palais et la cour ; l’assemblée ou le tribunal ; le lieu écart (communautés, confréries, sociétés, du cloître à l’hétérotopie ; exil ; enfermement) 3) De la critique à l’action politique : proposition, rébellion, révolution 4) Critique et action sociale : prise de parole et défense des faibles, de l’évangélisme au syndicalisme 5) Le discours critique - les mots, les métaphores - les valeurs, les concepts - les références bibliques et patristiques ; les références à des figures et des autorités séculières

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