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Michel Debré 1963-2013

Le 5 mai 1963, Michel Debré devient le député de La Réunion. Cinquante ans après, les questions du journal Le Quotidien de La Réunion à Yvan Combeau, Professeur d’histoire contemporaine

Michel Debré, “le premier minsitre” de La Réunion

Le 5 mai 1963, Michel Debré est élu député de la première circonscription de La Réunion. Dans le contexte politique de l’île et du monde (guerre froide, décolonisation...), que représente l’installation de l’ex-Premier ministre de la Vème République dans le paysage local ?

Votre référence à la guerre froide est essentielle. Rien ne se comprend sur cette période si nous ne l’installons pas dans ces décennies de tensions Est-Ouest. Et le parcours national et réunionnais de Michel Debré est marqué par cette dimension structurante. L’élection de Michel Debré comme député de l’île de La Réunion est un moment fondateur. Le premier ministre du Général de Gaulle transforme pleinement le paysage politique réunionnais. Elu de la première circonscription, il le demeure pendant un quart de siècle. Dans la relation Debré-La Réunion, le temps de ses six mandats de député (1963-1988) constitue un temps d’accélération dans les changements de l’île. Député, Ministre, Michel Debré mobilise nombre de crédits de l’Etat pour le développement de La Réunion.

Quelle position occupe Michel Debré sur ce quart de siècle ? Situation inédite, unique à ce jour, d’un premier ministre qui fait le choix d’une implantation dans l’outre-mer français. Il devient le chef d’orchestre de la politique à mener pour la modernisation du département Il redonne naissance, et sens, à la départementalisation. L’ile sort effectivement du sous-développement. Dans le même temps, il s’attache à l’affirmation d’une conception de la France dans l’outre mer. Il s’affirme comme le garant d’une relation privilégiée entre le département dans le sud-ouest de l’océan Indien et le gouvernement. Michel Debré se veut véritablement “le premier ministre de La Réunion” pendant les années de la République gaullienne. Le développement des années 60 et 70 c’est en grand part son oeuvre. Il pose le socle des évolutions futures. En 1999, Raymond Barre écrit : « Si l’île a aujourd’hui un niveau de vie bien supérieur non seulement à celui de la région mais aussi à celui des Antilles…c’est à Michel Debré et à l’action de l’Etat qu’elle le doit »

Dans quelles circonstances Michel Debré devient-il le leader de la droite réunionnaise ? La candidature et l’élection de Michel Debré en mai 1963 sont directement issues des dysfonctionnements politiques réunionnais. Les conditions de sa venue ont été étudiées avec précisions par Gilles Gauvin. L’événement déclencheur part d’une annulation de scrutin. Les élections législatives de novembre 1962 se déroulent dans un climat de fraudes et de violences électorales qui brisent litteralement le suffrage universel. Le journal le Monde titrait « Scandale sans précédent à La Réunion ». La fraude est si flagrante, que très rapidement chacun peut estimer que le Conseil Constitutionnel sera amené à annuler la consultation de la première circonscription. Au cours des mois de janvier et de février, les droites réunionnaises se préparent à un nouveau scrutin. Le sénateur Georges Repiquet, vieil ami de Michel Debré souhaite la candidature de l’ancien Premier ministre qui est disponible après son échec aux législatives. Il est en quête d’une circonscription pour rebondir et se positionner au Palais Bourbon face à Georges Pompidou. Candidat de toutes les droites, Michel Debré s’impose comme le premier des départementalistes et reçoit le soutien de l’Association Réunion Département Français. Le 5 mai 1963 opposé à Paul Vergès, il est élu avec 80% des exprimés. Débute alors son leadership à droite jusqu’au milieu des années 70.

Impossible de ne pas évoquer Paul Vergès quand on parle de Michel Debré. Ce dernier n’a-t-il pas contribué à donner une stature nationale au leader communiste ? Les deux voies, voix, qui dominent la vie politique jusqu’au milieu des années 70 sont bien celles de Michel Debré et Paul Vergès. La confrontation remonte pour le moins à l’année 1959 qui voit la création du PCR en mai et la visite du président de la République (Général de Gaulle) et du premier minsitre (Michel Debré) en juillet. L’année 1959 pose les termes d’une opposition entre départementalistes et autonomistes. La logique binaire des deux blocs s’imposent et rend quasi-impossible l’émergence d’une troisième voie. L’élection de Michel Debré en mai 1963 accentue les enjeux et rend le débat plus présent sur la scène politique française. Le combat de Paul Vergès sur ces années (clandestinité, procès contre Témoignages) sort en effet du cadre réunionnais pour prendre une dimension nationale.

Michel Debré est resté dans les annales de La Réunion pour son ordonnance, pour la création du centre d’orientation familiale, pour le déplacement de 1 600 enfants réunionnais en métropole, pour le lait Debré notamment. Plusieurs décennies après, comment apprécier la politique de Michel Debré, entre mesures autoritaires et mesures sociales et peut-on parler de sa « part d’ombre » politique ? Cinquante années après son élection (1963), 25 ans après le départ de Michel Debré de la scène politique réunionnaise (1988) ce sont précisément ces éléments qui participent à ce “droit d’inventaire” sur l’action de Michel Debré dans son itinéraire réunionnais. Entre histoire et mémoires, avec le recul peuvent être analysée de manière apaisée les pièces de son bilan dans une histoire du temps présent. Il faut examiner l’engagement dans la mutation réunionnaise des infrastructures à la vie quotidienne, la mobilisation des crédits d’Etat pour les transports, l’électrification, l’éducation… Comme vous le soulignez le travail de l’histoire consiste à reprendre tous les fils et les angles d’observations du récit de ce quart de siècle. Ce passé renvoie pour le moins sur les fonctions de l’ordonnance d’octobre 1960 et sur la conduite de la politique migratoire. Dans les deux dossiers, Michel Debré est au coeur des dispositifs. Les contemporains ont gardé en mémoire ces événements. Il est ainsi notable que les ouvrages, reportages et très nombreux témoignages comme le documentaire sur les enfants de la Creuse réalisé par William Cally et Sudel Fuma montrent combien ce passé reste toujours présent. En élargissant ces champs, c’est précisément tout l’intérêt des actuelles recherches historiques d’interroger, ou de revisiter, ce passé récent afin d’étudier comment se sont établies et se prolongent les liens entre Michel Debré et La Réunion.

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