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Thèse

L’Université d’Angers et la Région des Pays de la Loire financent pour trois ans, à partir du 1er septembre 2018, une thèse intitulée Herboriser au XIXe siècle : savoirs et pratiques du végétal dans l’Ouest de la France, sous la direction d’Yves Denéchère (PU Histoire contemporaine - TEMOS) et le co-encadrement de Cristiana Oghina-Pavie (MCF Histoire contemporaine-TEMOS). Les candidatures sont ouvertes aux titulaires d’un master 2 (ou en cours de finalisation du M2) en histoire ou en histoire des sciences de très bon niveau.

Les dossiers de candidature doivent comporter une lettre de motivation, un CV et le relevé de notes de licence et master. Ils doivent parvenir à cristiana.pavie@univ-angers.fr ; cristiana.oghinapavie@gmail.com et yves.denechere@univ-angers.fr avant le 18 juin. L’audition des candidats pré-sélectionnés auront lieu le 29 juin.

Nous restons à votre disposition, et à celle des candidats, pour des renseignements complémentaires.

Cordialement, Yves Denéchère et Cristiana Oghina-Pavie Université d’Angers TEMOS (Temps, Mondes, Sociétés) 5bis Bd Lavoisier 49045 Angers

Intitulé de la thèse : Herboriser au XIXe siècle : savoirs et pratiques du végétal dans l’Ouest de la France

Établissement d’enseignement supérieur où sera inscrit le doctorant : Université d’Angers

École doctorale : Sociétés, temps, territoires

Laboratoire où s’effectuera la thèse : TEMOS Temps, mondes, sociétés FRE CNRS 2015

Responsable(s) scientifique(s) de la thèse : Yves Denéchère, Co-encadrement Cristiana Oghina-Pavie

Herboriser au XIXe siècle : savoirs et pratiques du végétal dans l’Ouest de la France La constitution d’herbiers est, au XIXe siècle, une pratique courante dans la connaissance du monde végétal. Elle dépasse les cercles savants de l’histoire naturelle, pour se diffuser auprès des botanistes amateurs. Elle est également intégrée dans l’enseignement donné dans les facultés de médecine et de sciences, les lycées, les écoles centrales, les écoles agricoles et horticoles et dans les écoles primaires. Herboriser, c’est-à-dire collecter, conserver, étudier et s’inscrire dans une démarche d’échange sont des activités partagées par des publics diversifiées, quant à leur appartenance sociale, à leur âge et à leur sexe, à leurs motivations. Etudier l’acte d’herboriser revient à saisir le sens que cette pratique acquiert dans la société. L’objectif principal de la thèse est de révéler les rapports avec le savoir botanique et avec le végétal dont la pratique de l’herborisation est le support et le médium.

Le recensement des herbiers dans les cinq départements des Pays de la Loire, réalisé en 2015-2017 par le programme « Herbiers en Pays de la Loire, histoire, conservation, valorisation », montre que, parmi les 551 herbiers conservés dans les collections publiques et privées 268 ont été constitués au XIXe siècle, soit 48% des échantillons récoltés entre la fin du XVIIIe siècle et le début du XXIe siècle. (HerbEnLoire, 2018). La thèse s’intéressera à cette période de collecte intense, sans exclure la possibilité de prolongements chronologiques vers la fin du XVIIIe siècle et vers le début du XXe siècle, en fonction de l’activité de certains collecteurs. Ces herbiers, ainsi que les documents et inscriptions qui les accompagnent (étiquettes, dessins, notices, carnets de collecte, correspondance, publications) forment un corpus original qui sera étudié prioritairement. Il sera corroboré avec les archives et publications des sociétés savantes, les sources concernant l’enseignement, la science populaire, les jardins botaniques et les muséums locaux, les archives du Muséum national d‘histoire naturelle et, le cas échéant, d’autres fonds de correspondance botanique (Belgique, Grande-Bretagne, Suisse, Italie, etc.).

Le cadre spatial de ce corpus, désigné ici comme l’Ouest de la France, est relatif. Les collecteurs ont effectué des herborisations dans ces départements, mais aussi dans d’autres régions de la France ou à l’étranger. Il conviendra donc de discuter ces limites spatiales au regard de la constitution de territoires de collecte. Le premier axe de recherche vise à expliciter ce rapport à l’espace, en identifiant les stations, les itinéraires et les aires couverts par l’herborisation. Leur répartition permettra de situer, au long de la période étudiée, les évolutions dans l’intérêt pour les zones « naturelles », agricoles ou urbaines et dégager une territorialisation fondée sur des raisons phytogéographiques (bords de Loire, littoral atlantique, prairies naturelles, milieux forestiers et agricoles, etc.) ou sur l’étude d’un genre botanique en particulier.

Le deuxième axe de recherche vise à identifier les collecteurs. Qui herborise au XIXe siècle ? La présence d’un enseignement de médecine et pharmacie, des jardins des plantes et de cabinets, puis muséums d’histoire naturelle à Nantes (1808) et à Angers (1806) favorise la présence de botanistes reconnus et intégrés dans les réseaux d’échanges nationaux et internationaux. Les sociétés savantes généralistes, s’intéressant à l’agriculture, aux sciences et aux arts, ou spécialisées (Société linnéenne de Maine-et-Loire 1852, Société des sciences naturelles de l’Ouest de la France 1891) formalisent des réseaux locaux, ouverts socialement et impliqués dans des prospections collectives. L’apprentissage de l’herborisation dans le cadre scolaire ou universitaire conditionne-t-il la poursuite de cette activité comme un « loisir sérieux » (Stebbins, 1992) ? Les collecteurs pratiquent-ils seulement la botanique descriptive ou bien sont-ils intéressés par la physiologie, l’hérédité, l’expérimentation et les controverses qui animent les sciences de la vie de leur époque ? Sont-ils seulement botanistes ou partagent-ils un intérêt plus large pour les sciences naturelles (géologie, minéralogie, zoologie, entomologie, ornithologie, etc.) ? Mettant au centre du sujet la pratique de l’herborisation, la thèse dépassera les clivages traditionnels entre botanistes savants et amateurs, pour s’intéresser aux réseaux imbriqués qu’ils forment. L’étude des échanges, vecteurs de la circulation des spécimens et des connaissances, rejoindra ainsi les propositions d’une histoire des savoirs naturalistes construits par le biais des sociabilités multiples (Secord,1994 ; 2007). Il sera utile de comparer les hiérarchies de prestige données par la formation, la profession et la fortune, aux pratiques différenciées de collecte, depuis le projet de la prospection jusqu’à la publication des types et à la mise en conservation des planches d’herbier.

Cependant, les collecteurs ne forment pas un ensemble uniforme. Herboriser dans le but d’un inventaire de la Flore ou publier la monographie d’un genre et herboriser dans un but pédagogique ou de loisir sont des activités qui impliquent non seulement des intentions mais une pratique différente. Cet axe s’intéressera à la matérialité de l’objet scientifique (Van Damme, 2015) et permettra d’étudier l’usage des marqueurs de scientificité (classifications, nomenclature latine, données de collecte) comme signes d’appartenance à une communauté du savoir botanique partagé. Il s’interrogera sur la transmission du savoir par le biais de la pratique d’herborisation, par des cours publics ou dans les cadres formalisés de l’enseignement, et aux adaptations du langage et des techniques en fonction du public visé (enfants, femmes, agriculteurs, etc.). Par ailleurs, récits, carnets et correspondance font état d’émotions et sensibilités : émerveillement solitaire du contact avec la nature, plaisir intellectuel, exercice de l’observation et de la mémorisation des noms et des formes végétales. Il sera ainsi possible d’établir des correspondances entre la rhétorique individuelle suscitée par la pratique de l’herborisation et la matérialité des herbiers et de confronter, d’une part, le modèle idéal propagé par les ouvrages de botanique et, d’autre part, le vécu individuel.

Un dernier axe de recherche s’intéressera à la mobilisation publique du savoir botanique acquis par la pratique de l’herborisation. Le recensement des végétaux locaux favorise la prise de conscience des transformations que l’agriculture, l’industrie et l’urbanisation entrainent sur les milieux naturels et la distribution des végétaux. Il conviendra donc de s’intéresser aux signaux d’alerte formulés par les collecteurs et leur rôle dans l’émergence d’une sensibilité écologique. Il sera également intéressant d’identifier les sollicitations que les groupes et les acteurs de la décision locale adressent aux botanistes au sujet de l’introduction de nouveaux végétaux de culture agricole ou horticole, du verdissement urbain, de l’apparition de pathologies, prédateurs ou plantes adventices. Enfin, cet axe étudiera de quelle manière les inventaires de la flore et les espèces emblématiques sont appelés à porter des marqueurs d’une identité locale et régionale.

Bibliographie indicative

Beretta, M. (dir.) (2005), From private to Public : Natural Collections and Museums, Science History Publications, Sagamore Beach./ Blanc, Guillaume (2015), Une histoire environnementale de la nation : regards croisés sur les parcs nationaux du canada, d’Ethiopie et de France, Paris, Sorbonne. / Chansigaud, V. (2015), La nature à l’épreuve de l’homme, Paris, Delachaux et Niestlé. / Dayrat, B. (2003), Les botanistes et la flore de France : trois siècles de découvertes, Muséum national d’histoire naturelle, Paris, 2003. / Drouin, J.M. (2008), L’herbier des philosophes, Paris, Seuil. / Fyfe A., Lightman, B. (2007), Science in the marketplace. Nineteenth-Century Sites and Experiences, University of Chicago Press. / Gerson S. (2003), The Pride of Place. Local Memories and Political Culture in Nineteenth Century France, Cornell University Press, Ithaca, London. / Geslin, J., Lacroix, P (eds.) (2015), Atlas de la flore de Maine-et-Loire. Flore vasculaire, Conservatoire botanique national de Brest, Naturalia publications, Turriers. / Gianquitto, T. (2007). “Good observers of nature” : American women and the scientific study of the natural world, 1820-1885, University of Georgia Press, Athens, London. /HerbEnLoire (2018), Recensement des Herbiers des Pays de la Loire http://herbenloire.univ-angers.fr/f... / Hodacs H., Nyberg, K, Van Damme, S. (2018), Linnaeus, natural history and circulation of knowledge, Voltaire Foundation, Oxford. / Jardine, N., Secord, J.A., Spary, E.С (eds) (1996) Cultures of natural history, Cambridge University Press, Cambridge. / Lavoie, C. (2012). “Biological collections in an ever changing world : Herbaria as tools for biogeographical and environmental studies” in Perspectives in Plant Ecology, Evolution and Systematics, 15, 68-76. / Magnin-Gonze, J. (2009). Histoire de la Botanique. Paris, Delachaux et Niestlé. / Matagne, P. (1999) Aux origines de l’écologie, Ed. CTHS, Paris. / Mathis, C.-F., Pépy E.-A. (2017), La ville végétale : une histoire de la nature en milieu urbain (France, XVII-XXIe siècles), Champ Vallon, Ceyzérieu. / Philips, D. (2012) Acolytes of Nature. Defining Natural Science in Germany, 1770-1850, University of Chicago Press, Chicago, Londres. / Secord, A. (1994), “’Science in the Pub’ : Artisans Botanists in Early Nineteenth-Century Lancashire”, History of Science, 32 /1994, p ; 269-3015./ Secord, A. (2007), « ‘La connaissance de l’un devient la connaissance de tous’ : participation des artisans à la botanique anglaise au début du dix-neuvième siècle », in Charvolin, F., Micoud, A., Nyhart, L (dir.) (2007), Des sciences citoyennes ? La question de l’amateur dans les sciences naturalistes, Paris, 90-110. /Stebbins, R.A. (1992), Amateurs, Professionals, and Serious Leisure, Mc Gill Queen’s university Press, Montreal./ Trivisani-Moreau, I., Taibi A.-N., Oghina-Pavie, C.(eds) (2015), Traces du végétal, Presses Universitaires de Rennes, Angers./ Van Damme, S. (2015), « Un ancien régime des sciences et des savoirs », Pestre, D. Van Damme, S. (eds), Histoire des sciences et des savoirs, Seuil, Paris, 19-40.

Culture scientifique

Le ou la doctorant.e participera aux actions de diffusion de la culture scientifique et technique (Fête de la Science, Nuit des chercheurs) ainsi qu’aux opérations de documentation des collections d’herbiers dans la base de données ouverte CoEL (Collections en Ligne) et aux forums du réseau Tela Botanica (http://www.tela-botanica.org). En collaboration avec les musées de sciences naturelles il/elle construira des modules d’exposition et donnera des conférences ou animera des ateliers sur l’histoire de l’herborisation.

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