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Un appel à communication

Un colloque en préparation sur "L’engagisme dans les colonies européennes" - "Commitment in European colonies"

Résistances et mémoire(s) (XIXe-XXIe siècle)

Resistance and memories (19th-21st centuries)

L’abolition progressive de la traite et de l’esclavage dans les colonies européennes est à l’origine de nouvelles migrations de travailleurs à travers le monde, notamment dans la seconde moitié du XIXe siècle. Pour satisfaire les besoins d’une économie de plantation ou pour bâtir les principales infrastructures de leurs colonies, les Européens font appel à des travailleurs étrangers libres. C’est ce qu’on appelle le système de l’engagisme ou indenture (qui signifie « contrat ») ou encore coolie trade pour les engagés d’origine asiatique (coolie venant du tamoul et signifiant salaire). Ce colloque propose d’aborder le phénomène à travers la question des résistances et de leurs impacts sur les rapports entre colons européens et engagés étrangers, sur le système de l’engagisme lui-même, et plus largement sur la construction identitaire des sociétés coloniales et postcoloniales.

Annonce

Ce colloque international s’inscrit dans le cadre des travaux de l’axe 4 du Labex EHNE (Ecrire une Histoire Nouvelle de l’Europe) et du projet STARACO (Statuts « Race » et Couleurs dans l’Atlantique de l’Antiquité à nos jours). Il est organisé par le CRHIA (Centre de Recherches en Histoire Internationale et Atlantique) de l’Université de Nantes. Argumentaire

L’abolition progressive de la traite et de l’esclavage dans les colonies européennes est à l’origine de nouvelles migrations de travailleurs à travers le monde, notamment dans la seconde moitié du XIXe siècle. Pour satisfaire les besoins d’une économie de plantation ou pour bâtir les principales infrastructures de leurs colonies, les Européens, principalement les Anglais, les Français, les Portugais, et les Néerlandais font appel à des travailleurs étrangers libres. C’est ce qu’on appelle le système de l’engagisme ou indenture (qui signifie « contrat ») ou encore coolie trade pour les engagés d’origine asiatique (coolie venant du tamoul et signifiant salaire).

Ces nouveaux flux de main-d’œuvre engagée sont dictés par l’expansion coloniale de l’Europe mais également par des conditions socio-économiques difficiles dans les pays d’origine des engagés, lesquelles agissent comme de puissants facteurs de départ. Ainsi, des Javanais, des Japonais, des Tonkinois, des Africains, des Malgaches mais surtout des Chinois et des Indiens quittent leur sol natal pour venir travailler, en échange d’un salaire, dans les colonies d’Amérique et de l’océan Indien mais également dans les territoires nouvellement conquis par les puissances impériales en Afrique, en Asie et dans le Pacifique.

Un grand nombre de ces travailleurs ne seront finalement pas rapatriés dans leur pays d’origine comme le prévoyait leur contrat et s’implanteront dans la colonie ou dans des colonies voisines à la fin de leur engagement. C’est particulièrement vrai pour les engagés africains capturés qui ne possèdent plus d’attaches dans leurs pays d’origine et qui ne bénéficient de la protection d’aucune puissance.

Si dans certains cas, l’engagement permet d’échapper à une existence difficile et de construire un avenir meilleur ailleurs, beaucoup d’immigrants ne trouveront pas dans cette aventure ce qu’ils étaient venus chercher. Certains entreront en conflit ouvert avec les autorités européennes, et ce, dès la phase du recrutement et de la traversée. Les rébellions qui éclatent à bord des navires transportant des engagés, notamment entre l’Afrique et l’océan Indien sont violentes et reflètent le caractère coercitif de l’engagement. De même, la situation des engagés dans les colonies d’accueil n’est pas toujours enviable. Déracinés, mal considérés, parfois mal traités, certains d’entre eux refuseront les contraintes imposées par leur statut et tenteront - par la violence, la fuite ou même le suicide - de s’affranchir d’un système souvent trop proche de l’esclavage. D’autres se battront contre le système colonial et le modèle européen pré-établi en tentant de maintenir leurs croyances, leur langue, leur culture ainsi qu’une forme de communautarisme.

En comparaison à l’historiographie importante consacrée à la traite ou à l’esclavage, l’histoire de l’engagisme, phénomène migratoire de grande ampleur, reste très peu étudié dans son ensemble. Pourtant son importance est capitale au regard de l’histoire coloniale européenne et de la construction identitaire des anciens territoires coloniaux, de l’Europe ultra-marine et même de l’Europe « en soi ». Des travaux récents et la tenue à Bordeaux en mai 2015 d’un colloque international organisé par Céline Flory (CNRS / CIRESC) dans le cadre des 5e rencontres Atlantiques ont cependant permis de faire un point historiographique et de proposer une dimension plus globale du phénomène en croisant les réflexions comparatives et en sortant d’un cloisonnement de travaux centrés sur un groupe de migrants spécifiques ou sur la colonie d’arrivée. Dans la continuité de ces nouvelles approches, ce colloque propose d’aborder le phénomène à travers la question des résistances et de leurs impacts sur les rapports entre colons européens et engagés étrangers, sur le système de l’engagisme lui-même, et plus largement sur la construction identitaire des sociétés coloniales et postcoloniales. S’intéresser aux résistances, c’est revisiter la question de la liberté de l’engagement, du caractère coercitif du système et de la question identitaire. C’est également faire entrer l’histoire de l’engagisme dans le champ de la recherche sur les formes de résistances en proposant une typologie de celles-ci. De plus, ce colloque entend également ouvrir un deuxième champ de recherches très développé pour les questions de la traite et de l’esclavage mais quasiment absent de l’historiographie consacrée à l’engagisme : la question de la (des) mémoire(s). Pendant longtemps, l’engagisme n’a fait que prolonger les affres de la traite et de l’esclavage, tout au moins dans la mémoire populaire. Il existe d’ailleurs une forme de confusion voire même d’assimilation entre les deux phénomènes. De plus, les cloisonnements sociaux hérités de ce phénomène migratoire persistent actuellement dans les sociétés postcoloniales, notamment celles de l’Europe ultra-marine. Les questionnements et revendications identitaires sont nombreux parmi les descendants des engagés. Revisitée, déconstruite, « survalorisée », réinventée, la mémoire de l’engagisme est aujourd’hui un instrument politique et sociétal très prégnant et mérite que l’historien s’y intéresse. Il s’agira en outre de recenser les lieux historiques de l’engagisme, dans les territoires postcoloniaux, dans les pays d’origine des engagés en Afrique et en Asie mais également en Europe ultra-marine et de s’intéresser à la mise en valeur de ce patrimoine. Ce processus de patrimonialisation représente un enjeu mémoriel majeur. Axes thématiques

Le comité encourage en particulier les propositions de communication qui favorisent une analyse sur un temps long en privilégiant la dimension comparative. Les sujets abordés pourront s’intégrer entre autres dans un des grands thèmes suivants :

Les conditions du recrutement et de l’enrôlement dans le pays d’origine Révoltes et rébellions à bord des navires Les stratégies et les différentes formes de résistances dans la colonie d’accueil Typologie des résistances Maltraitances et résistances Les figures de la résistance Résistances et protection étrangère Engagés et pouvoir colonial / Engagés et société coloniale Identité, culture, religion et repli communautaire Les processus de transmission dans les familles de descendants d’engagés Les processus de reconstruction, d’oubli, de « survalorisation », de négation Les commémorations Les revendications identitaires et communautaires Les communautarismes et les cloisonnements sociaux qui peuvent résulter de ces phénomènes migratoires La mémoire comme rapport de force entre groupes sociaux issus de l’engagisme Rôle des politiques et des états européens dans l’histoire et la construction de la mémoire de ce phénomène migratoire Les lieux de mémoire / réhabilitation et valorisation du patrimoine.

Modalités de soumission

Les résumés (500 mots maximum) en français ou en anglais, accompagnés d’un bref CV (une page maximum) sont à envoyer à l’attention de Virginie Chaillou-Atrous à l’adresse suivante : labexehne4@univ-nantes.fr au plus tard le 15 avril 2016.

Ce colloque se tiendra le 20 et 21 octobre 2016 à Nantes. Comité scientifique

Virginie Chaillou-Atrous (CRHIA / LabEx EHNE / Université de Nantes) Céline Flory (CNRS / Mondes Américains / CERMA / CIRESC) Hubert Gerbeau (Aix-Marseille Université) Antonio de Almeida Mendes (CRHIA / CIRESC / Université de Nantes) Bernard Michon (CRHIA / Université de Nantes) Jacques Weber (CRHIA / Université de Nantes) Michèle Marimoutou (CRHIA / Université de Nantes) Myriam Cottias (CNRS) Pieter Emmer (Université de Leyde) Singaravélou (Université Bordeaux Montaigne) Satyendra Peerthum (Aapravasi Ghat / Université de Maurice)

Organisation

Virginie Chaillou-Atrous (CRHIA / Labex EHNE / Université de Nantes) Aurélie Cloarec (Gestionnaire / CRHIA) Thomas Burel (Ingénieur valorisation / CRHIA) Aanor Le Mouël (Ingénieure projet STARACO / CRHIA / Université de Nantes)

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